souvenir de mon adolescence


Quand j’ai entendu parler pour la première fois de féminisme, je m’en suis faite une image mentale d’hystériques qui brûlaient leur soutien-gorge dans la rue. Du haut de mes neuf ou dix ans, je ne voyais pas (encore) l’intérêt de la chose.

Six ou sept ans après, les choses me sont apparues sous un nouvel angle. C’était l’époque des minijupes et des jeans moulants. Mais les porter n’allait pas de soi : des commentaires ou des regards m’ont très vite fait comprendre que, si je voulais avoir la paix, il valait mieux rester discrète dans mes habits. Je ne supportais pas que des hommes (surtout des hommes plus vieux et laids) se permettent de me salir avec leur regard ou avec cette version machiste et ratée de ce qu’ils considéraient comme de « la drague ».

Parfois j’avais droit à des trucs carrément salaces, sans goût, sans espoir… Comment s’imaginaient-t-ils que je daigne même les regarder, dans leur laideur et dans leur manque de goût, après pareils commentaires ? Qu’est-ce qu’ils cherchaient à produire en moi, lorsqu’ils me disaient ces horreurs ? C’était impensable qu’ils puissent imaginer que j’allais être séduite ? Impossible ! Pourquoi osaient-ils faire ça ?

La révolte s’installa. L’une ou l’autre fois, j’ai osé répondre, j’ai insulté. Mauvaise réaction : on m’a même menacé de me frapper suite à ma « défense ». Le comble ! Ma mère et mes amies me conseillaient de « ne pas écouter », répondre c’était s’exposer à d’avantage de violence. Elles avaient aussi vécu ça, elles savaient de quoi elles parlaient…

Dans les espaces publics de Quito, la ville qui m’a vue grandir, des hommes sentaient qu’ils devaient montrer aux femmes qu’elle n’étaient que corps qu’on pouvait qualifier, montrer, désigner s’ils le voulaient. Des hommes qui sentaient qui leur était permis de « commenter » ces femmes qui les entouraient. Je sentais comme si à chaque fois que ces types me sortaient une de leurs « perles » de mauvais goût, ils voulaient, ne fut-ce que par la force de stabilisatrice de leur violence verbale-sexuelle qu’ils avaient le dessus sur moi.

Mais ce sont ces premières expériences de révolte qui m’ont fait prendre conscience de ma place, en tant que femme, dans la société où je vivais. Se rendre compte, à l’adolescence, du fait qu’être née femme, était synonyme d’avoir moins de chances d’occuper des postes d’autorité et de pouvoir, c’est une idée difficile à accepter quand on a été élevée dans l’idée qu’on est quelqu’un d’unique, qui vaut énormément pour le simple fait d’être.

C’est comme ça que je me suis intéressée par le féminisme. Je devais comprendre pourquoi être femme était un frein dans la destinée d’une personne.

Je devais trouver le moyen de faire taire, ces sales types qui ont gâché le plaisir de mes premières sorties d’adolescente.

Maintenant plus jamais on m’adresse des propos salaces dans la rue. Est-ce que c’est parce que j’ai quitté ma ville ? Est-ce que c’est parce que je ne suis plus une ado ? Est-ce que c’est parce que je soutiens un peu mieux le regard que je sens se porter sur moi et qui me gêne ?

C’est peut être tout simplement parce que je ne suis pas aussi belle qu’à mes quatorze ans…

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2 responses to this post.

  1. Posted by Monstro on 22 mai, 2008 at 12:51

    Rassure-toi, mon amour, tu es toujours belle ! Certes, tu n’es plus une ado (et heureusement d’ailleurs). Tu es devenue une femme, une épouse et une mère et c’est peut-être ça qui te préserve de ces atrocités.

    Réponse

  2. Posted by ecohumanist on 22 mai, 2008 at 1:36

    quoi répondre?
    simplement merci, mon amoureux! comme d’habitude, tu m’apportes cette sérénité et cette confiance en l’amour et en la beauté de la vie…
    je t’aime!

    Réponse

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