Archive for décembre 2008

Casa de partos en Perú : la entrevista!

Ángela Broker es la directora de la casa de partos Pakarii. Su iniciativa es interesante y me parece importante difundir la información.

Ánimo y continúen ese trabajo maravilloso!

Qui soigne qui ? Le nœud des nouvelles luttes féministes ou comment guérir un féminisme moribond

Deux débats m’ont longuement occupé ces derniers jours. Deux préoccupations féministes, avec des acteurs différents, dans des lieux très éloignés.

L’un suivit la publication de l’article « Quand l’écologie renvoie les femmes à la maison ? » dans le Mariane d’il y a quelques jours. (voir aussi mon post précèdent)

L’autre suivit la publication du dernier n° des Cahiers Marxistes « Les unes et les autres », sur le féminisme et le multiculturalisme.

L’un s’est déroulé dans des forums, sur internet, principalement entre participantes françaises.

L’autre s’est tenu à Amazone, entre belges de première, deuxième ou n-ième génération.

Dans l’un, la « libération de la femme » était présenté comme étant indissociable de son entrée au monde du travail, de l’utilisation des produits de consommation industrialisés et de la limitation des soins aux enfants à leur strict minimum. Je les appelle les femmes-libérées-par-leur-carrière. On y présentait les femmes qui choisissent de renoncer à leur carrière pour s’occuper des enfants comme des anti-féministes.

Celles qui, comme moi, réussissent tant bien que mal à pratiquer des choix de maternage de proximité (accouchement à domicile, allaitement de + d’un an, cododo, portage…) et des modes de consommation écologiques et éthiques avons été très choquées par l’amalgame… Néanmoins, c’est vrai : il existent des femmes et des hommes (avec un niveau d’éducation supérieur et dont l’intelligence n’est pas à prouver !) qui choisissent de renoncer à une carrière professionnelle pour se dédier exclusivement à la « reproduction », et ils et elles le font parce que l’alternative qui s’offre à eux et à elles (devoir jongler avec des horaires de malades, renoncer à voir ses enfants, etc…) est incompatible avec leur manière de vivre la maternité/paternité (soit parce qu’elles/ils choisissent d’avoir une famille nombreuse, soit parce qu’elles/ils aiment s’occuper des soins, des tâches domestiques… et oui, ça existe, des gens qui aiment ça !) . Le hic, c’est que c’est rare de trouver des hommes dans ce cas… Alors, les femmes-libérées-par-leur-carrière ressentent le choix des autres comme une véritable trahison (et oui, elles n’ont pas d’autre choix que de jongler avec les horaires de malades, de renoncer à la proximité avec leurs enfants…).

L’axe de l’autre débat était la diversité des stratégies et les limites que, en nom de l’égalité des genres, devaient être imposés, dans nos sociétés, pour garantir l’émancipation féminine. Ça serait impossible de synthétiser la richesse des débats. On a discuté de féminisme et anti-racisme, de féminisme « intéllo » et féminisme populaire, de féminisme musulman et de politiques de la diversité…

J’ai eu le sentiment diffus, que l’enjeu était celui de démasquer soit ce qui, au nom du féminisme, était une dérive raciste ou soit ce qui se voulant féministe, était une justification pour maintenir certaines discriminations à l’égard des femmes.

Je pense que, néanmoins, il y avait consensus sur le fait que toutes les démarches visent la même chose, c’est à dire, la liberté et l’égalité. Il est plutôt question de choix stratégiques qui peuvent sembler difficiles à comprendre par certaines militantes de longue date. Est-ce que c’est concevable, pour une femme qui se revendique féministe de faire des choix qui rappellent la condition féminine subordonnée d’avant les années 60 ? Le foulard islamique et le choix de rester à la maison, pour s’occuper des enfants sont nécessairement anti-féministes ?

Le féminisme universaliste, républicain et libéral des Lumières, qui considère que l’humain ne peut l’être véritable ment que si indépendant, autonome, délié de toute influence extérieure et sans attaches affectives ou limitations de toute sorte est-il encore compatible avec les préoccupations d’une génération qui voit l’environnement se dégrader ? Est-il encore porteur d’un modèle fiable quand on voit que la libération-par-la-carrière est possible grâce à l’exploitation des femmes des sociétés plus pauvres, qui migrent pour s’occuper des vulnérables (les vieux, les bébés, les malades), parce que les hommes des femmes libérés-par-leur-carrière refusent de le faire ?

Les femmes d’origine étrangère qui assument et affichent leur différence (par le foulard, par une autre forme de signe distinctif ou engagement public) sortent de l’invisibilité que les sociétés du Nord imposent. Elles refusent le rôle qu’on leur assigne.

Les femmes qui refusent de faire carrière refusent aussi un modèle où la reproduction serait la « basse besogne ».

Et toutes les deux refusent la fatalité que le système économique et l’idéologie libérale impose :
– il faut être un bon consommateur
– il faut se réaliser dans ce qu’on fait
– il faut être performant

Finalement, la distance n’est pas ce qu’elle semble être…

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