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C’est mon 80e anniversaire aujoud’hui. Flora et Nela sont arrivées tôt pour m’aider à mettre la table. Nous attendons beaucoup de monde.

Les garçons arriveront plus tard… Ils viennent juste de terminer de préparer le repas et sont sortis pour ramener un ingrédient secret pour leur célèbre salade.

Tout a l’air délicieux. La fête promet d’être à hauteur de mon grand âge.

Bon, il y a des inconvénient aussi : on m’a interdit d’entrer dans mon bureau… (je pense qu’on a caché une surprise là dedans… on verra ça plus tard), alors je vais devoir attendre pour répondre aux messages des amis lointains… Dommage, j’avais hâte de me connecter!

Je suis si heureuse d’être entourée de ma famille aujourd’hui… et si heureuse de faire bientôt connaissance mon arrière petite-fille : Et oui! Notre Nela, est enceinte de presque huit mois!

Elle vient s’assoir à côté de moi. Nous avons toujours eu une connexion très spéciale.

Abuelita? Est-ce vrai que tu es née dans un hôpital? – Elle pose cette question avec un mélange d’incrédulité et de pudeur. Comme si elle avait peur de me mettre mal à l’aise.

– Oui, ma chérie! C’est vrai! Je suis la seule femme de notre lignée à être née en dehors de la maison familiale! Ma mère a voulu que je naisse dans l’endroit le plus adéquat… selon les croyances de l’époque. C’est fou, n’est-ce pas?

– Oui! C’est fou- Poursuit-elle, puis elle risque une autre question.

– Mais, pourquoi elle a voulu accoucher dans un tel endroit?-

– Tu sais, à l’époque c’était courant… c’était presque la seule façon de venir au monde. Je ne pense pas que ma mère ai vraiement eu le choix. Ce sont des erreurs de l’histoire… tout le monde croyait, à l’époque, que c’était plus sûr, que c’était mieux pour la mère et pour le bébé… et elle a fait ce qu’elle pensait meilleur pour moi!

– Mais, est-ce que sa propre mère ne lui a pas rassurée? Elle l’a eu chez elle, pourtant…

– En effet, ma mère est née chez elle, tout comme sa sœur plus âgée et son frère… Mais la plus jeune de ses sœurs est déjà née à l’hôpital. L’idée que c’était nécessaire d’être entourée de médecins et près d’une salle d’opérations était déjà en train de s’implanter.

Flora se joint à nous. Elle apporte une grande cruche de limonade maison pour sa fille et deux verres de vin pour  nous, les vieilles.

Elle pose la main délicatement sur le ventre de sa fille. Elle attend pour sentir le bébé bouger… elle sourit! Je crois qu’elle a sentit quelque chose.

– Il me semble que c’était hier que tu est née. Regarde-toi, maintenant! Tu vas bientôt devenir mère à ton tour… Le temps passe tellement vite! – dit Flora dans un soupir.

– Allons! Interdiction de parler du temps qui passe le jour de mes 80 ans!- Je réponds en la taquinant.

Le téléphone sonne. C’est mon fils pour nous informer qu’ils n’ont pas encore trouvé leur ingrédient secret. Ils vont tarder encore un peu.

– Ne rentrez pas après les invités, tout de même. C’est ton anniversaire aussi, rappelle-toi!

La conversation suit son cours. Nous avons évoqué les naissances pour une énième fois pour Nela. Les souvenirs les plus drôles, les plus intenses… nos difficultés, les moments de doute et nos trucs pour apaiser la douleur.

– Le premier est très souvent un peu plus long, Nela. En plus il y a l’effet de la nouveauté… On a l’impression que c’est plus dur mais, en réalité, c’est parce que nous n’avons pas de points de repère.

– C’est exactement ce que Luisa m’a dit, maman!

Luisa est la sage-femme de Nela. Elle est aussi une très bonne amie de Flora et la fille d’une des figures les plus importantes de l’histoire moderne de la périnatalité : Mme Scott, la célèbre gynécologue qui a révolutionné l’attention périnatale lorsque, en 2015, est devenue ministre de la santé et a instauré une campagne de sensibilisation massive, qui a changé la façon de voir la naissance.

Les mesures entreprises par Mme Scott ont changé drastiquement la proportion de sages-femmes et de gynécologues-obstétriciens. Deux nouvelles écoles de sages-femmes ont vu le jour et l’attention de toutes femmes enceintes sans problèmes de santé est devenue leur tâche exclusive et plus celle des obstétriciens, ce qui était la norme jusque là. Les accouchement à domicile devinrent le mode de naissance le plus répandu et le taux de césariennes et d’épisiotomies baissa de manière drastique tout en améliorant les autres statistiques périnatales. Notre pays devint un exemple, comme les Pays-Bas.

L’ordre des médecins s’est farouchement opposée à ces mesures. Leur lobbying fit couler beaucoup d’encre. Mais le scandale de 2019 -qui éclata lorsque certains courriels compromettants entre leurs leaders et les compagnies pharmaceutiques ont été dévoilés- leur a resté crédibilité.

C’est alors que leur énorme influence sur l’institut de remboursement des soins de santé a pu enfin être déjoué et qu’on a pu mener les reformes nécessaires.

Une des plus importantes fut le campagne « connais ton corps », un tournant dans l’approche à l’éducation à la vie affective et sexuelle des jeunes filles.

Elles furent encouragées à découvrir et à explorer leur corps, à connaître leur cole, leur vagin et à découvrir les signaux et changements de leur corps tout au long de leur cycle. Elles ont pu participer à des groupes de parole intergénérationnels, qui leur ont permis de concevoir leur vie reproductive de manière autonome, mais intégrée dans un savoir féminin partagé.

La génération de Flora fut la première à bénéficier de cette nouvelle approche. C’est peut-être grâce cela que ses grossesses et ses accouchement furent si faciles. Je me rappelle encore quand elle m’a appelé le jour de la naissance de Nela.

-Maman, ça y est! J’ai des bonnes contractions depuis une heure. Je t’appelle maintenant parce que je sens que bientôt je ne pourrait plus vraiment parler. La sage-femme est déjà en chemin, elle devrait arriver d’une minute à l’autre. Je t’aime, pense fort à nous…

J’ai pensé qu’à elle ce jour-là! Les 4 heures suivantes je les ai passées à contacter tout le monde pour leur avertir que je serai injoignable pendant les 15 jours suivants : j’allais accompagner a fille de manière intense durant le post-partum : sa famille aurai besoin d’aide et j’étais ravie de pouvoir la leur donner.

Le grand avantage avec le système mis en place il y a une génération, c’est que les sages-femmes de proximité ne doivent jamais faire des grandes distances pour arriver chez leur patientes. Souvent, elles sont leurs voisines. Ça facilite beaucoup les choses. Rien à voir avec les trajets interminables pour aller faire mes examens chez ma sage-femme, qui habitait l’autre bout de la ville, quand j’avais eu mes enfants, presque 60 ans plutôt! C’est vrai qu’à l’époque, les sages-femmes n’étaient pas si nombreuses et elles travaillaient souvent en tant qu’employées des maternités. Ah! Quel chemin parcouru!

Ma fille a vécu la naissance de sa première fille dans une ambiance tellement joyeuse, sa maison remplie d’une énergie indescriptible, calme et remplie de vie.

Maintenant c’était son tour à elle! Elle devenait grand-mère… Je savais qu’elle attendait ce moment avec autant d’impatience que sa propre fille.

La porte d’entrée s’ouvre : les garçons arrivent avec l’ingrédient secret. Ils courent vers la cuisine… bruyants, pleins de bonne humeur…

Je sens que ça va être un anniversaire mémorable!

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