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Quand j’étais doula

Avant de vous raconter comment c’était quand j’étais doula, je dois vous raconter comment je suis arrivée à le devenir.

Pre-histoire

En 2004, me voilà enceinte et remplie de questions. Je découvre le monde des « birthactivists » ou militants de la naissance… et, comme beaucoup d’autres internautes polyglotes, je fais connaissance des versions francophones, espagnoles et anglaises du mouvement pour l’humanisation de la naissance.

C’est parmi les anglophones que je découvre le mot doula et je tombe sous le charme de cette figure qui me faisait penser aux sage-femmes d’un autre temps, n’ayant pas d’autre outil que leur présence rassurante, leur savoir de mères et de femmes.

Pour mon deuxième accouchement, en 2007, j’ai brièvement pensé à faire appel à l’une des quelques doulas belges qui débutaient. Mais finalement, je me disais qu’il y avait déjà trop de monde prévu pour ce moment, que je voulais intime avant tout.

C’est avec les grossesses et accouchements d’amies et de connaissance que j’ai accompagné que, sans m’en rendre compte, j’empruntais le chemin…

Mais quand j’ai voulu aller plus loin, je me suis heurté à une évolution que je n’avais pas prévue : l’accès à la « certification ».

En Belgique -au moins dans le monde francophone-, à l’époque, la seule formation qui m’attirait et qui permettait de se « certifier » comme doula coûtait une (petite) fortune… et s’étalait sur 4 ans !

Je me suis mise à douter : pour moi, les doulas ne doivent pas nécessairement savoir beaucoup de choses, apprendre beaucoup de techniques… puisqu’elles ne doivent RIEN faire. Leur raison d’être et leur efficacité relevait de leur capacité à accompagner dans la discrétion et dans la singularité des besoins de chaque femme.

Pleine de doutes, je me suis quand-même inscrite à une séance d’in-formation avec Michel Odent et Liliana Lameers… et me voilà partie pour quelques jours à Londres, pour rencontrer d’autres femmes qui, comme moi, étaient passionnées par les accouchements et les idées de Michel Odent.

Au bout des 3 jours de cette aventure, je partais heureuse d’avoir pu écouter Liliana parler de son expérience. J’ai ressenti que j’avais ce qu’il fallait au fond de moi. La certification ? ça ne m’intéressait plus du tout !

Un détour pour y arriver

Mais, ma vie prenait un chemin inespéré : le retour aux racines, à mon pays, aux Andes qui m’ont vu naître. Je voyais ce voyage comme une mise entre parenthèse de mon désir de débuter comme doula… mais les choses se sont déroulées différemment aux plans initiaux : le projet auquel j’étais censée participer n’a pas pu démarrer, me voilà sur place et sans « projet » (sans boulot quoi…).

Belle opportunité de m’impliquer dans le réseau local pour l’humanisation des naissances, les aidant notamment à créer un blog (qui n’a malheureusement pas été alimenté depuis…), organisant des formations pour des employés des dispensaires de santé et même comme consultante sur l’adaptation des salles d’accouchement aux besoins culturels des femmes. Une opportunité unique, rêvée… aussi pour rencontrer des sages-femmes empiriques des communautés andines et des villes. J’ai découvert l’ancien art des accoucheuses : manteo, encaderamiento, des vertus de certaines plantes et produits animaux… mais j’ai surtout compris que, dans ce coin du monde, les sage-femmes empiriques sont amenées à pratiquer leur art dans les hôpitaux et aux côtés d’autres prestataires (occidentaux, le plus souvent)… comme les doulas dans les pays du Nord.

Étrange découverte que d’entendre les récits de ces femmes qui se sont initiées à 13 voire 12 ans comme sage-femmes, souvent aux côtés de leurs mères ou sœurs. Une d’entre elles m’a confié « quand ma mère a commencé à crier, j’ai su que le bébé était en train d’arriver et j’ai mis les mains ! » Le savoir qui est en soi…

J’ai décidé de me lancer : hop, quelques contacts, quelques billets sur un blog crée cette fois-ci avec le but de faire la promotion de ma pratique et voilà mes premières clientes !

El 6 mois, j’ai pu accompagner 3 naissances (en plus des 3 accouchements que j’ai accompagnés quand je travaillais pour l’UNFPA, en tant que consultante), notamment deux accouchements à domicile, aux côtés d’un médecin exceptionnel, un ami et un frère dans le chemin de la naissance respectée !

Maintenant, je sais que rien n’est aussi beau qu’une femme qui cherche en elle-même sa force pour donner la vie et que rien n’est plus sacré que le mot et le geste justes pour l’aider dans sa recherche.

Et maintenant ?

Retour à la vie européenne. Besoins différents. Pas possible de poursuivre dans cette voie… pour l’instant. Mais je cherche encore une sorte de force, de lumière (et surtout des ressources financières !!!), qui me permettront, peut-être, de revenir vers cette voie que j’ai découverte…

entre temps, reste le blog !

Article sur sages-femmes équatoriennes magazine « En Marche »

Voici un article intéressant de Laurence Biron sur une approche interculturelle en médecine qui se répand en Équateur. Il a été publié il y a quelques mois dans le magazine de la mutualité chrétienne.

Médecins et chamans s’allient pour soigner

A Otavalo, au nord de l’Equateur, le centre de santé Jambi Huasi accueille deux types de médecines. Souvent jugées inconciliables, médecines occidentale et traditionnelle cohabitent pourtant dans un même espace. Aux côtés du dentiste, de la gynécologue et du médecin généraliste, exercent le chaman et la partera, l’accoucheuse traditionnelle. Une rencontre hors du commun de deux façons de soigner et d’envisager la santé. Reportage.

« Deux systèmes de santé sont en lutte: la médecine scientifique ou occidentale bataille pour s’imposer, la médecine traditionnelle des Andes, quant à elle, résiste pour survivre», déclare José Farinango, directeur de Jambi Huasi, un centre de santé niché à 3.000 mètres d’altitude sur la cordillère des Andes. L’histoire de ce centre de santé est celle d’un peuple qui a lutté pour la reconnaissance de ses droits en matière de santé.

Le peuple indigène (6,8% de la population équatorienne) a longtemps été exclu du système de santé. «Nous étions si peu considérés que les médecins n’imaginaient pas que nous pouvions ressentir de la douleur. Mon père s’est même fait renvoyer de l’hôpital», se rappelle encore José. Les médecins ne communiquaient qu’en espagnol aux patients indigènes dont la langue est le kichwa. C’est dans ce contexte social, empreint de racisme et de discrimination, que naît le Jambi Huasi avec le soutien inconditionnel du mouvement indigène local: la fédération indigène et paysanne de la province d’Imbabura. Dans cette région d’Equateur, la population indigène, descendante de l’ancien peuple Inca, représente plus de la moitié (55%) des habitants. Ouvert en 1994, Jambi Huasi (maison de la santé en langue kichwa) tente de répondre aux besoins des patients indigènes locaux dans le respect de leurs traditions et de leurs croyances.

Rétablir l’harmonie spirituelle et physique

Figure emblématique de la médecine ancestrale andine, le chaman appelé le yachac reçoit les patients au même titre que le dentiste ou le médecin généraliste. Avant de rejoindre l’équipe médicale de Jambi Huasi, le yachac, exerçait principalement de nuit, dans l’intimité de sa communauté. Pendant plus de 500 ans, les pratiques des chamans ont été gardées secrètes, puisque légalement et moralement interdites. La Constitution nationale de 2008 a donné un statut légal à cette profession. L’article 363 impose à l’Etat équatorien «la responsabilité de la reconnaissance des pratiques des médecines ancestrales, de ses connaissances et de ses méthodes». Depuis lors, les patients affluent pour consulter Don Javier, le yachac. Parmi eux, des indigènes mais aussi de plus en plus de patients métis. 70 % des patients sont mestizos selon le chaman. Le cabinet de Don Javier, le yachac, baigne dans une atmosphère particulière, presque mystique. Au mur, sont accrochées des peaux de paresseux. Sur sa table, de multiples pots contenant des plantes médicinales sont éclairés par une bougie et par un crucifix lumineux. «Quand une personne tombe malade, cela signifie que l’harmonie physique et spirituelle s’est brisée et mon traitement tente de la rétablir», explique Don Javier tout en préparant ses ingrédients à la lumière de la bougie. Selon la conception andine, la santé est une quête de l’équilibre interne de la personne dans la relation à sa famille, à sa communauté. Et plus largement dans sa relation avec la nature, le cosmos. «Je voyage parfois plusieurs jours en Amazonie pour trouver les plantes dont j’ai besoin», confie-t-il. Les chamans ont recours à plus de 3.600 plantes autochtones pour préparer les remèdes. «Les plantes n’ont pas de pouvoir propre. Ce sont les rituels magiques qui donnent aux produits leur caractère curatif», relève-t-il. Le yachac est considéré comme un intermédiaire entre le monde des esprits et celui des hommes. Don Javier utilise les méthodes de diagnostic issues de la culture indigène, comme la prise du pouls, la lecture de la bougie ou celle de l’urine. Plus surprenante est la “radiographie du cochon d’Inde” qui consiste à passer cet animal sur le corps du malade pour déterminer quels sont les organes atteints. Le savoir du chaman est fondé sur l’expérience et l’observation de la nature, un savoir transmis de génération en génération.

L’accoucheuse traditionnelle à l’écoute

Autre figure emblématique de la médecine des Andes, l’accoucheuse traditionnelle, appelée partera. Après l’accouchement, la partera possède la faculté de faire renaître l’énergie qui a été perturbée, et de ramener la mère à l’équilibre initial. La matrone apporte également son soutien physique et affectif à la future mère tout au long de sa grossesse. D’où son surnom de Mamá. Mamá Margarita Morales exerce ses compétences au sein du village de Karabuela. «J’ai appris les gestes de ma mère, qui les a appris elle-même de sa grand-mère», raconte-t-elle en kichwa. Des mouvements habiles qui permettent le “manteo” du fœtus, c’est-à-dire de lui trouver la place idéale. L’accouchement se réalise dans l’intimité du domicile de la future mère. «La province d’Imbabura compte le plus haut taux de mortalité maternelle et néonatale du pays», explique José Terán, le directeur de l’hôpital San Luis d’Otavalo. «L’accouchement à domicile comporte des risques en cas de complications. C’est pourquoi, nous avons formé les parteras à la reconnaissance de ces risques». Pour réduire encore la mortalité infantile et néonatale, l’hôpital d’Otavalo a adopté une politique de santé ambitieuse qui mise sur l’interculturel.

En avril 2008, l’hôpital public San Luis d’Otavalo a ouvert les portes d’une salle d’accouchement “culturellement adéquate”, c’est-à-dire en phase avec les traditions des mères indigènes. «L’accouchement n’a pas seulement une fonction biologique, c’est aussi l’expression d’une culture», rappelle José Terán. «Nos études ont montré que 90 % des accouchements dans les communautés andines se réalisent en position verticale». La salle d’accouchement s’est dotée du matériel nécessaire pour permettre aux femmes d’accoucher assise ou accroupie selon leurs coutumes ancestrales. L’ambiance de la salle d’accouchement a été réfléchie pour être plus intime. «Les murs des hôpitaux sont blancs et froids. Pour nous, le blanc signifie la mort. Comment allons-nous encourager les femmes à donner la vie dans un lieu qui représente la mort?», explique Mamá Margarita Morales.

La présence de personnes de confiance que sont les accoucheuses traditionnelles a fait croître la fréquentation des patientes autochtones dans les établissements hospitaliers. «La mortalité néonatale a baissé de 50%», s’enorgueillit le directeur. «Mais, il a fallu faire face à la résistance du personnel médical devant des pratiques ancestrales ni scientifiques et ni rationnelles». La position allongée sur le dos est jugée plus pratique pour surveiller l’évolution de l’accouchement. Des ateliers de sensibilisation ont permis une analyse des similitudes et des différences des deux pratiques. Et un véritable dialogue des savoirs entre parteras et obstétriciennes s’est installé. «Toutes les connaissances sont utiles à l’heure de sauver des vies», affirme le Docteur Rosa Simbana. L’accouchement à la verticale fait d’ailleurs de nombreuses adeptes parmi les femmes métisses. «39% des femmes métisses accouchent dans cette position à San Luis d’Otavalo», précise-t-elle. «C’est moins douloureux et plus rapide. L’enfant peut même arriver en dix minutes», assure Mamá Margarita Morales. Les parteras et les obstétriciennes travaillent en binôme et se relaient 24h sur 24h pour assurer le bon déroulement de ces naissances. «En cas de complication, les femmes sont transférées dans la salle d’accouchement normale», explique Rosa Simbana, obstétricienne. «La salle d’accouchement occidentale, je voulais dire», se reprend-elle rapidement. A Otavalo, chamans et médecins, accoucheuses et obstétriciennes se côtoient, se respectent et interagissent pour le bien des patients. Ces programmes pilotes ont réussi leur pari: améliorer l’accès à la santé des plus vulnérables. «Néanmoins 5% de la population indigène de notre région ne se rend jamais dans un centre de santé, faute de moyens de transports», regrette José Terán.

Laurence Biron

La médecine alternative en vogue Au sud de la cordillère des Andes, l’hôpital privé de Riobamba articule, quant à lui, trois types de médecines. L’aile de médecine andine côtoie celle de médecine occidentale, appelée chimique. Ou encore allopathique, pour marquer sa différence avec la médecine alternative qui a aussi sa place dans l’enceinte de l’hôpital. «Nous pratiquons l’homéopathie, l’acupuncture, l’ostéopathie, le reiki et le biomagnétisme», annonce Laura Burgos, la directrice de l’hôpital. Ces médecines, nées d’une protestation contre le monopole de la médecine allopathique au début du 19ème siècle, ont vu tôt le jour dans les Andes, notamment à travers l’homéopathie. «L’idée est d’offrir aux patients plusieurs possibilités en fonction de leurs convictions ou préférences», poursuit Laura Burgos. Les différents médecins ont une vision large des autres pratiques et interagissent ensemble pour le bien du patient. «Chacun connaît les limites de sa médecine. Si le patient a une fracture, le yachac le transfère vers la zone de médecine “scientifique”». Les Equatoriens savent reconnaître ce qui peut être résolu via la médecine traditionnelle, la scientifique ou l’alternative.

Et voici la page source

je promets une traduction un jour… mais pas demain 😉

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