Archive for the ‘Journal de bord de l’Aventure’ Category

Rituels

Ces derniers temps j’ai renoué avec le rituel.

Des rituels anciens et nouveaux, ordonnés ou chaotiques… rigoureux ou sensuels…

Je n’ai jamais ignoré leur importance. J’ai toujours aimé leurs temps structurés, cadencés, organisés, entre-coupés ou continus… pleins de silences qui parlent.

Ces réunions où l’on ne bouge plus comme on veut, où le corps acquiert un rôle, un poids et un sens particulier… où l’espace que l’on occupe devient porteur de sens.

Loin depuis 15 ans, je n’ai pas vu renaître certains rituels ancestraux parmi les gens « modernes » et citadins de mon pays. Me voilà de retour et pouvant les découvrir et les vivre. Il paraît qu’ils ont re-apparus  depuis quelques années, une sorte de renouveau de spiritualité amérindienne, païenne… quelque chose d’inimaginable avant que l’identité indienne ne sorte du placard Équatorien!

Temezcales, rites du solstice, consécration des lunes (règles)… Il y a même certains qui ont traversé l’océan… mais ils ont perdu toute leur valeur spirituelle pendant le voyage : Je pense à ces « tentes rouges », qui n’ont pas vraiment la profondeur qu’apportent les prières à la terre, les chants à la lune et les fumigations au palosanto et la volonté de communion.

Un ersatz qui prends des allures de réunion tupperware, le plastoche en moins…

Ces rituels, j’y été plongée lors d’une veillée entre femmes hautement ritualisée. On a construit un autel pour consacrer des offrandes aux déesses, on a parlé en fumant le tabac… ça a l’air anodin, mais le tabac ritualisé, encadré dans un espace et dans un moment consacré à la parole, tend à la libérer, à la rendre plus précise… (Quelque chose que j’avais déjà remarqué : les fumeurs sont parfois bavards et les pauses-clope un prétexte pour socialiser, pour parler…)

Étonnement et un certain malaise face aux prières (que je n’ai jamais auparavant vraiment apprécié…) jusqu’à ce que je me rende compte que l’on prie pour dire ce qu’on veut, ce qu’on désire, ce qu’on voudrait voir… qu’on prie à l’univers, à l’inconnu… et pas à une entité toute puissante… Oui, je l’ai trouvé cette « notre-mère, qui est dans la terre.. »

Puis,  la mort au rendez-vous, d’autres rituels… autrement nécessaires: des mots d’amour pour un grand-père mort et la charge d’organiser ses derniers hommages : je l’ai acceptée avec fierté et fidélité. Un hommage sans dieux, rien que des paroles de ses enfants et petits enfants!

Les rituels, les cérémonies… je sais que je n’ai pas fini avec eux… reste à voir où ils m’emmèneront…

Le tour des Déeses et Démeter

Me voilà partie à la découverte des Déesses. Merci Virginia, notre guide dans cette aventure.

Il s’agit d’un parcours que je viens de découvrir par un de ces hasards cibernétiques ou, peut-être, grâce à l’écoute de mes nouveaux besoins : introspection, ritualité, énergie et présence féminines bienveillantes.

Virginia es une psychothérapeute gestaltienne et propose ces ateliers de découverte des Déesses depuis plusieurs années.

Elle m’a présenté celui-ci comme une « opportunité » pour guérir… Personnellement, j’ai pensé « guérir de quoi? »… Mais l’intérêt par le sujet, les Déesses dépassait de loin ma méfiance vis-à-vis des démarches de « guérison » de toute sorte…

Je suis arrivé à La Floresta (quartier traditionnel de Quito) ce vendredi soir avec toute l’énergie d’une semaine chargée de petites frustrations (boulot alimentaire plutôt prenant, enfants collés devant la télé par manque d’organisation d’activités plus amusantes, mari fatigué des trajets interminables en bus…)

Six femmes autour d’un tapis garni de petits trucs à grignoter, thé et cigares… Un autel se dresse sur un coin avec des pierres, du bois de palosanto (bois qui es utilisé comme encens naturel), une bougie…

Après les présentations, on commence par une « ronde des Déesses », sorte de test qui évalue comment ces Déesses sont constellées en nous : mon score présente une Athéna plutôt forte, des Aphrodite, Déméter et Artémis en équilibre et des Héra et Perséphone plutôt en retrait. Rien d’étonnant après 8 ans à travailler dans une activité plongé dans l’esprit cartésien le plus pur, la rigueur, l’ordre de la cité, le rationalisme…

Une belle entrée en matière…

Le lendemain, hier, nous avons commencé notre travail sur Déméter : invocation, prière et découverte du mythe…

Déméter, mère nourricière, source de toute vie, gardienne des récoltes, de la fertilité, des cycles de vie, des menstruations, protectrice des femmes enceintes, de la Terre cultivée… une Pachamama!

Fille de chronos et Rhéa, elle appartient à la première génération des déités de la mythologie grecque. Elle se réalise en tant que mère et est le plus heureuse dans ce rôle… Mais sa fille, Perséphone, est enlevée et c’est sa sa blessure : perdre l’objet de son amour.

Déesse vulnérable car complète lorsque reliée à sa fille, elle va refuser de faire pousser les récoltes jusqu’à ce que Zeus lui rende sa fille… Elle conditionne sa générosité. Elle apprend à jouer le jeu du patriarcat.

Comment va ma Déméter intérieure? Plutôt équilibrée grâce au fait que je suis accompagnée d’un homme qui partage cet amour pour la famille, pour les activités liées au soin des enfants.

Mais Déméter me manque un peu : je voudrais être en contact plus étroit avec la Terre, ses cycles, mes cycles… Plus à l’écoute des besoins de vert, de tranquilité… Non, la vie en ville ne me satisfait plus du tout : j’ai besoin de campagne, de potager, d’un lieu createur de partage…

Quito, ma ville chérie, est devenue trop grande, trop brouillante, trop sèche… trop sale, trop laide… Je m’y perds, elle me fait mal avec ses klaxons, son smog, ses poubelles éventrées à chaque coin de rue… Depourvue à 95% de beauté, les seuls quartiers agréables sont des quartiers de riches, barricadés derrière des barbellées…

Je dois m’en aller…

Déméter, maman chérie, tu nous manques

Au niveau du groupe, toutes les femmes avons exprimé un manque de nourriture maternelle. Mères trop conditionnelles, trop préoccupées par d’autres choses…

D’autant plus nécessaire d’invoquer la Déesse, nous construire une mère dont les bras s’ouvrent à chaque fois qu’on a besoin d’être réconfortées, nourries, reconnues dans notre besoin de repos et d’amour.

Autres trucs liées à Déméter:

Les serviettes hygiéniques réutilisables/coupes vaginales : moyen pour être reconnectées avec nos cycles.

La contraception naturelle : mais personnellement, ça ne marchera pas pour moi… du moins pas encore!

 

 

 

 

Découverte du Quito alternatif

Un ami belge nous a donné rendez-vous à la Feria de la Buena Vida (Foire de la Bonne Vie), dans un « café holistique », Siete Esferas.

On y trouve des liseuses de tarot, des apiculteurs, des bénévoles de Martín Pescador (une asbl qui défend le mangrove), des producteurs bio (on peut s’inscrire pour recevoir un panier de légumes bio sur place)… Très chouette ambiance, un cebiche excellent et quelques échanges très intéressants!

Une fille m’a proposé de participer à des réunions entre femmes : je me suis inscrite tout de suite!

Un très chouette samedi, sorte d’initiation à la vie alternativo-écolo de Quito ou, au moins, une très bonne prise de contact avec un lieu et des gens qui pourraient partager un certain point de vue de la vie et de la manière de consommer.

Un post un peu plus optimiste que le précédent dans le journal de bord de l’aventure.

À suivre 😉

A une contradiction près…

Une semaine de soleil, mer turquoise, sable blanc…

Nous sommes arrivés à Margarita sous un soleil brillant. Les enfants ont retrouvé la piscine qui les a fait rêver pendant un an. Nous, les adultes, nous sommes contentés d’aller chercher des noix de coco et de la glace pour le rhum…

Hôtel de 5 étages, au moins 30 appartements et un penthouse(le notre!) avec un solarium privatif énorme, qui pourrait héberger une belle fête décadente… avec un jacuzzi gigantesque, un bar, plusieurs chaises longues…. La vue sur les Caraïbes : imprenable!

Première soirée : coupure de courant en pleine préparation du repas! Tout le monde se plaint de Chavez, les rationnements d’électricité ne peuvent qu’être de sa faute, sa mauvaise gestion… Personne ne fait le lien entre les 5 appareils d’air-conditionné (2 dans les appartements normaux) qui fonctionnent à fond pour maintenir la température du penthouse à 19° (sous le toit et les 40° extérieurs) !

L’île n’est pas très densément peuplée… mais il y a au moins une grosse centaine d’hôtels comme celui-là… Les besoins en électricité pour garder ce petit monde au frais doivent être colossaux… surtout quand on pense à l’habitude bien implanté d’ouvrir les fenêtres quand il fait trop froid! Au lieu de couper l’air-co!!!!!

Alors, moi, avec mes timides suggestions pour qu’on ferme le frigo au lieu de le laisser ouvert pendant qu’on met la  table ou qu’on ferme le robinet pendant qu’on savonne les assiettes… je passe pour une folle! Mon père rigole quand je me plains du gaspillage et quand je lui dit que je trouve exagéré de remplir les DEUX jacuzzis de l’appartement!

Et je me demande quel sens ça a de faire attention tous les jours de ma vie au chauffage, à la quantité de déchets qu’on produit, avec mes serviettes hygiéniques lavables, ma mooncup, mes huiles essentielles, ma manie de fermer tous les robinets et de baisser l’air co, ma folie à vouloir vivre sans voiture (depuis une semaine, on roule dans une jeep 4×4 avec l’air-co à fond!) si le quotidien de ma famille proche est complètement irréfléchi du point de vue de l’empreinte écologique… c’est une belle sortie de ma bulle d’écolo…

N’empêche, j’ai passé des vacances de rêve… même si je n’ai pas réussi à changer le point de vue du mode de consommation de personne… Maintenant je me demande comment faire si j’étais la première à pester quand, le troisième jour, les air-cos ont lâché et on s’est retrouvé à dormir 4 dans une pièce à 27°!

Bref… contradictions… mais des nouvelles questions…. Je ne cherche plus de réponses, peut-être un meilleur moyen de les poser…

Ce qu’on dit au Venezuela sur… le Venezuela

Quand il pleut, on dit qu’il était temps… (le pays a connu des rationnements d’électricité dus au manque d’eau dans les centrales hydro-électriques).

Quand on demande à une journaliste si ça va au boulot, elle raconte qu’il y a quelques jours, elle a du faire beaucoup d’heures supp’ : à 2:00 du matin, le président a appellé un à un ses ministres pour leur annoncer qu’ils allaient désormais devoir quitter leur poste afin d’entrer en campagne  électorale (élections législatives approchent)Le tout en live, à travers d’un programme diffusé dans toutes les chaines (publiques et privées). Il paraît que certains ont débarqué avec la trace des draps sur la joue devant les caméras, pour découvrir le changement dans leur carrière…

Quand on demande à sa grand-mère quels sont se projets proches, elle vous annonce qu’elle ne pourra pas accueillir son frère  israélien car il lui est interdit de venir au Venezuela… Alors la grande réunion familiale -après 50 ans de séparation de la fratrie- se fera dans un « pays neutre »…

Quand on allume la radio, on entend parler du dernier scandale en date : 35 km de containers remplis de nourriture ont littéralement pourri sur place faute d’intérêt quant à sa distribution dans les supermarchés du pays (deux chaînes de supermarchés viennent d’être nationalisées). On demande à son père « c’est quoi cette histoire? » il répond « le gouvernement a donné un taux de change préférentiel pour l’importation de nourriture… mais personne n’avait le moindre intérêt ni la moindre expérience dans la distribution…

Nostalgie du quotidien

Je range mon vélo à la sortie de l’école des enfants. Je regarde les autres parents arriver. Je mesure la distance que je ressens quand ils me disent bonjour.

Je dépose la grande. Elle s’en va heureuse (visite du zoo au programme!)

Et je suis loin…

Je n’ai jamais resenti appartenir à ce monde, jamais resenti des liens avec ceux qui partagent un espace si propice aux échanges comme c’est l’école qui réunit nos petits tous les jours.

Pareil pour les voisins, pareil pour tant d’autres lieux, tant d’autres activités, tant d’autres espaces.

Je suis pourtant restée ici 15 ans. J’ai participé à des activités, laissé des traces dans les mémoires… J’ai des amis, j’ai des liens, j’ai des bonnes raisons de me sentir bien.

Et je me sens bien, si bien… en sécurité, rassurée. Les rues sont belles, les arbres bien rangés. Les gens sont respectueux, les façons de faire compréhensibles.

Et je m’en vais chercher quelque chose qui me manque, vraisemblablement.

Le contact facile, la certitude d’avoir été comprise. La possibilité de ne pas devoir interpréter les ractions des gens. Le yeux qui me voient, les regards qui me reconnaissent. J’ai de nouveau besoin de ne plus avoir peur de croiser et chercher le regard des gens.

Je m’en vais chercher les lieux de mon enfance pour que mes enfants comprennent. Je vais leur montrer la montagne permanente et l’air léger des Andes.

Nous allons découvrir les chemins qui m’ont appris à marcher comme je marche, le toucher des peaux sans peur des autres peaux.

La promiscuité des familles qui n’ont pas de contours tracés ni de territoires exclusifs.

Mais je dis ça, et je regrette déjà les jolies rues, le luxe de l’ordre. Ma rue, mes amis, ma bière et mon café. Les réunions dans lesquelles je ne m’abandonne jamais totalement et où je dois laisser  un peu de mon attention en veille.

Les belles choses, la facilité de ce qui est organisé, calculé, programmé.

Laisser ma maison, les choses que j’ai assemblées pendant 15 ans.

Mes meubles, laids mais utiles.

Mon appartement, chaud, pratique… à moi! A nous.

Laisser ce que nous connaissons, pour une idée, pour un souvenir et pour un « peut-être ».

Mias ça serait pire de rester… et d’abandoner le rêve.

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